Princesse de Gueldre, duchesse de Lorraine, reine de Hongrie, de Sicile, de Jérusalem et d’Aragon, puis clarisse à Pont-à-Mousson, Philippe de Gueldre traverse son époque comme une femme de pouvoir avant de consacrer les trente dernières années de sa vie au couvent des Clarisses.

Princesse de Gueldre
(1464-1485)
Élevée à la cour de Bourgogne, puis de France, Philippe de Gueldre épouse René II, duc de Lorraine, en 1485.
Elle devient alors duchesse de Lorraine et s’impose comme une figure importante de la cour ducale.
Ce mariage unit deux grandes maisons princières et renforce la position stratégique de la Lorraine entre le royaume de France et le Saint-Empire.
Duchesse de Lorraine et de Bar (1485-1519)
Loin de se limiter à un rôle d’épouse, Philippe participe activement à la vie politique du duché. Pendant les fréquentes absences de René II, retenu par les affaires militaires et diplomatiques, elle participe au gouvernement du duché et entretient un vaste réseau de relations avec les grandes familles européennes.
Mère de douze enfants, dont seulement cinq atteignent l’âge adulte, Philippe de Gueldre assure la continuité de la dynastie lorraine. Son fils Antoine devient duc de Lorraine et de Bar à la mort de René II, Claude fonde la puissante maison de Guise tandis que Jean devient l’un des cardinaux les plus influents du royaume de France. À travers eux, son influence se prolonge bien au-delà de sa propre vie.
Philippe de Gueldre ne se contente pas d’un rôle de représentation. Pendant plus de trente ans, elle évolue au cœur des grands enjeux politiques de son époque. Après la mort de René II en 1508, Philippe revendique la régence du duché, mais les États de Lorraine estiment Antoine, âgé de dix-neuf ans, en âge de régner seul. L’année suivante, alors que le jeune duc part guerroyer en Italie aux côtés de Louis XII, il confie le gouvernement de ses duchés à sa mère, conjointement avec l’évêque de Toul Hugues des Hazards. Philippe de Gueldre exerce ainsi, en l’absence de son fils, une forme de gouvernement partagé, avant qu’Antoine ne reprenne personnellement les rênes du pouvoir à son retour.
Clarisse à Pont-à-Mousson (1519-1547)
Pendant une dizaine d’années, Philippe accompagne son fils dans les affaires du duché avant de faire le choix de la vie religieuse. En décembre 1519, à l’âge de cinquante-cinq ans, elle entre au couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson qui est alors l’un des établissements religieux féminins les plus prestigieux de Lorraine. Elle y passera près de trente ans sous le nom de sœur Philippe.
Son entrée en religion ne marque pourtant pas un retrait du monde. Depuis le couvent, elle continue d’entretenir une importante correspondance avec les princes et les grandes familles de son temps et demeure une personnalité influente en Lorraine. Elle intervient encore dans la vie locale, soutient le couvent des Clarisses et participe activement à son développement.
Philippe finance des aménagements, fait édifier une chapelle dédiée à la Conception et commande plusieurs œuvres d’art, dont le célèbre retable aujourd’hui conservé à l’église Saint-Laurent. À sa mort, en 1547, elle est inhumée au couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson.
Si le couvent des Clarisses a aujourd’hui presque entièrement disparu, l’héritage de Philippe de Gueldre demeure bien vivant. Son retable, les reliques offertes par François Ier, le Christ portant sa croix, la copie de son gisant et les derniers vestiges du couvent rappellent encore aujourd’hui la place qu’elle occupa dans l’histoire de Pont-à-Mousson.
À travers son engagement politique, religieux, artistique et philanthropique, Philippe de Gueldre a profondément marqué l’histoire de Pont-à-Mousson. Son parcours rappelle que le matrimoine ne se résume pas aux monuments : il est aussi constitué des œuvres, des lieux, des initiatives et des héritages que des femmes ont légués aux générations suivantes.
L’info en +
Lorsqu’elle entre chez les Clarisses en 1519, Philippe de Gueldre ne cesse pas pour autant d’influencer la vie du duché. Depuis son couvent de Pont-à-Mousson, elle entretient une correspondance avec les princes et les grandes familles de son temps et continue d’intervenir dans les affaires locales. Même devenue religieuse, elle reste une figure influente de la Lorraine jusqu’à sa mort
Sur les traces de
Philippe de Gueldre
Retable commandé par la duchesse, reliques offertes par François Ier, la statue du Christ portant sa Croix et copie de son gisant.
Vestiges bâtis de l’ancien couvent des Clarisses. Plaque de fondation d’un bienfaiteur en 1782 indiquant que le couvent a fait l’objet de travaux quelques années avant la Révolution.
Gisant original et piédestal de la croix cénotaphe de Philippe de Gueldre.

