Née à Pont-à-Mousson en 1430, Marguerite d’Anjou est la fille de René d’Anjou et d’Isabelle de Lorraine. Elle y passe ses premières années auprès de sa mère, avant que son destin ne la conduise bien au-delà de la Lorraine. Elle grandit entourée de femmes de pouvoir, notamment Isabelle de Lorraine et sa grand-mère Yolande d’Aragon, qui jouent toutes deux un rôle politique de premier plan.

Une enfance à Pont-à-Mousson

Marguerite d’Anjou naît en 1430, à Pont-à-Mousson, dans une famille au cœur des grandes dynasties européennes. Son père, René d’Anjou, hérite cette même année du duché de Bar. Sa mère, Isabelle de Lorraine, devient duchesse de Lorraine à la mort de son père en 1431. Loin d’être une figure effacée, elle exerce elle-même le pouvoir : lorsque René est fait prisonnier après la bataille de Bulgnéville, elle défend activement ses droits et ceux de sa famille.

C’est principalement auprès d’elle que Marguerite passe ses premières années en Lorraine, notamment à Pont-à-Mousson. Son père étant longtemps absent, elle grandit ainsi dans l’entourage d’une femme qui exerce elle-même le pouvoir. Sa grand-mère paternelle, Yolande d’Aragon, autre grande figure politique du XVe siècle, appartient également à cet environnement familial exceptionnel. Ces figures féminines constituent ainsi des modèles de pouvoir importants dans l’environnement de la future reine.

À quinze ans, son destin change d’échelle. Dans le contexte des négociations de paix entre la France et l’Angleterre, Marguerite est choisie pour épouser le roi Henri VI d’Angleterre. Le mariage est célébré en 1445. Elle devient reine d’Angleterre et entre dans une cour profondément divisée. 

La situation se transforme radicalement lorsque Henri VI connaît de graves crises qui l’empêchent temporairement de gouverner. Marguerite, qui a donné naissance en 1453 à leur fils Édouard, intervient de plus en plus directement dans les affaires politiques afin de défendre les droits de son époux et surtout ceux de son fils.

Une reine dans la guerre des Deux-Roses

À partir de 1455, les affrontements entre les maisons de Lancastre et d’York plongent l’Angleterre dans la guerre civile. Au fil du conflit, Marguerite devient l’une des principales figures, puis l’une des dirigeantes, du camp lancastrien. Elle négocie des alliances, recherche des soutiens en Angleterre comme à l’étranger et joue un rôle majeur dans la mobilisation politique et militaire en faveur de son fils.

Son parcours devient alors extraordinaire pour une reine consort du XVe siècle : elle ne commande pas elle-même les troupes sur le champ de bataille, mais elle participe activement à la constitution des forces lancastriennes et à leur stratégie politique. Après la défaite de Towton en 1461, elle poursuit la lutte depuis l’Écosse puis le continent. Une dernière tentative de restauration lancastrienne échoue en 1471. Son fils Édouard est tué à Tewkesbury et Henri VI meurt peu après à la Tour de Londres. Marguerite est emprisonnée avant d’être finalement libérée et de revenir en France. Elle meurt en Anjou en 1482.

Ses adversaires yorkistes contribuent dès son vivant à construire l’image d’une reine étrangère, ambitieuse et dangereuse. Plus d’un siècle après sa mort, Shakespeare donne à cette réputation une postérité extraordinaire en faisant de Marguerite un personnage particulièrement violent et vindicatif dans ses pièces consacrées à Henri VI et Richard III.

Au fil des siècles, l’histoire et la légende finissent ainsi par se confondre. Marguerite devient l’image d’une reine accusée d’avoir pris une place qui n’était pas celle que l’on attendait d’une femme. Aujourd’hui, les historiens redécouvrent derrière la « reine guerrière » une femme engagée dans la défense de sa famille, de sa dynastie et de la couronne.

L’info en +

Marguerite d’Anjou est devenue l’une des reines les plus célèbres de Shakespeare

Plus d’un siècle après sa mort, Shakespeare en fait un personnage majeur de plusieurs de ses pièces historiques : Henri VI puis Richard III. Il contribue à populariser l’image d’une reine cruelle, ambitieuse et violente. Cette Marguerite littéraire a durablement influencé sa réputation, au point de faire oublier la complexité de son rôle politique.