Princesse de Danemark et nièce de l’empereur Charles Quint, Christine de Danemark appartient à l’une des plus puissantes dynasties européennes : les Habsbourg. En 1541, elle épouse François de Lorraine et devient duchesse de Lorraine et de Bar. Veuve à seulement vingt-trois ans, elle participe dès 1545 au gouvernement du duché pendant la minorité de son fils Charles III, aux côtés de Nicolas de Lorraine. Dans un territoire situé entre le royaume de France et le Saint-Empire, elle s’efforce de préserver les intérêts et l’autonomie de la dynastie lorraine.

CHRISTINE DE DANEMARK
(1521-1590)
Une princesse européenne en Lorraine
Lorsque Christine de Danemark arrive à Pont-à-Mousson en 1541, elle n’a que vingt ans, mais possède déjà une expérience exceptionnelle des cours européennes. Fille du roi Christian II de Danemark et d’Isabelle d’Autriche, petite-fille de Philippe le Beau et nièce de l’empereur Charles Quint, elle appartient au puissant réseau dynastique des Habsbourg. Veuve une première fois du duc de Milan François II Sforza, elle est même envisagée comme épouse par Henri VIII d’Angleterre avant d’épouser François de Lorraine.
Ce mariage possède une portée politique considérable. Située entre le royaume de France et le Saint-Empire, la Lorraine cherche alors à préserver son indépendance en maintenant un équilibre entre ses deux puissants voisins. L’union de François et de Christine, proche de Charles Quint, participe à cette stratégie diplomatique.
À son arrivée en Lorraine en 1541, Christine passe par Pont-à-Mousson, où la cour ducale dispose d’une résidence. Elle rend visite à Philippe de Gueldre, grand-mère de son époux, retirée au couvent des Clarisses. Elle y séjourne de nouveau avec François en 1543. Pont-à-Mousson n’est donc pas un simple lieu de passage : au milieu du XVIᵉ siècle, elle appartient pleinement au réseau des résidences et des places stratégiques du pouvoir lorrain. Disparu aujourd’hui, le château ducal rappelle le rôle politique de la ville, dont la place Duroc conserve encore plusieurs témoins de la Renaissance.
Une régente au cœur du pouvoir
En 1545, François meurt après seulement quelques mois de règne. Leur fils Charles III n’a que deux ans. Christine partage d’abord la régence avec son beau-frère Nicolas de Lorraine, évêque de Metz et de Verdun, avant d’en obtenir seule la charge dès novembre 1545, avec l’accord des États de Lorraine. Pendant sept années, elle gouverne ainsi un duché dont l’indépendance reste fragile, non sans tensions : proche des Habsbourg par sa naissance, elle mène une politique favorable à l’Empire qui heurte parfois l’opposition des barons lorrains, dont Nicolas de Lorraine lui-même. Elle cherche néanmoins à préserver, entre la France et l’Empire, l’équilibre de neutralité voulu par ses prédécesseurs.
Pont-à-Mousson occupe une place concrète dans ce gouvernement. Les comptes ducaux attestent la présence de Christine et de Nicolas de Lorraine dans la ville en janvier 1546. Elle ne vient donc plus dans la ville comme jeune épouse de François, mais comme gouvernante de la Lorraine. Durant sa régence, l’ingénieur italien Ambrogio Precipiano est également chargé d’inspecter et de renforcer plusieurs places lorraines, dont Pont-à-Mousson. La ville apparaît ainsi comme une résidence ducale mais aussi comme un enjeu militaire dans la défense du territoire.
L’héritage de Charles III
Cet équilibre est brutalement rompu en 1552. Henri II de France entre en Lorraine dans le cadre de son expédition vers les Trois-Évêchés. Charles III, âgé de neuf ans, est emmené à la cour de France et Christine est écartée du gouvernement. Elle quitte alors la Lorraine pour les Pays-Bas habsbourgeois. Son fils ne revient gouverner personnellement son duché qu’en 1559. Sous son règne, Pont-à-Mousson connaît un nouvel essor : la ville se développe, se pare de demeures Renaissance, comme la célèbre Maison des Sept Péchés Capitaux, et accueille en 1572 l’université qu’il fonde avec le cardinal Charles de Lorraine. La ville s’affirme alors comme l’un des grands centres intellectuels et religieux du duché.
Christine de Danemark est donc une femme de pouvoir : elle gouverne, négocie et participe aux grands équilibres diplomatiques européens. À travers son parcours, Pont-à-Mousson apparaît comme l’une des villes où se joue, au XVIᵉ siècle, la difficile indépendance du duché de Lorraine.
L’info en +
Avant de devenir duchesse de Lorraine, Christine de Danemark faillit devenir reine d’Angleterre. En 1538, Henri VIII envisage de l’épouser et envoie son peintre Hans Holbein à Bruxelles pour réaliser son portrait. Le mariage n’aboutit pas, mais le tableau est aujourd’hui l’un des portraits féminins les plus célèbres de la Renaissance, conservé à la National Gallery de Londres.
Sur les traces de Christine de Danemark
Vestiges bâtis de l’ancien couvent des Clarisses. Plaque de fondation d’un bienfaiteur en 1782 indiquant que le couvent a fait l’objet de travaux quelques années avant la Révolution. En 1541, Christine et François passent par Pont-à-Mousson et rendent visite à Philippe de Gueldre, retirée chez les Clarisses.
Au XVIᵉ siècle, l’actuelle place Duroc se transforme et se pare de demeures Renaissance. Parmi elles, la Maison des Sept Péchés Capitaux, ancienne résidence ducale également appelée « Château d’Amour », témoigne de cette période de rayonnement de la ville, qui se poursuit sous le règne de Charles III, fils de Christine.
Sépulture de Christine de Danemark et nécropole de la maison ducale de Lorraine.

